« Picture Study » : Nadar

Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar, est un caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe français. Véritable touche-à-tout, militant de la modernité, fantasque et bohème, Nadar a pris son époque à bras le corps et mêle hardiment l’art et ses convictions politique, parfois à ses dépens financiers.

Le père de Gaspard-Félix meurt quand l’adolescent n’a que 17 ans, lui laissant le goût du combat et la soif de justice. Devenu très jeune soutien de famille, il se lance dans le journalisme et crée la revue Le Livre d’Or qui n’aura malheureusement que 9 numéros, mais aura réuni les prestigieuses plumes de Balzac, Dumas ou Nerval.
Ses amis le surnomment « Tournadard », car par jeu, il ajoute « dar » à la fin de chaque mot, comme dans le javanais ou le louchebem. Il prend bientôt le pseudonyme de Nadard, avec un d, qu’il supprimera par la suite.
En 1842, sous la Monarchie de Juillet, Nadar est étroitement surveillé par la police. Il publie ses premiers écrits, stimulé par l’amitié de Baudelaire et Théodore de Banville.
En 1846, ses caricatures militantes lui vaudront plus de succès que ses nouvelles. Sa Galerie des gens de lettres, qui deviendra le fameux Panthéon Nadarcomporte 250 personnalités connues, parmi lesquelles Hugo, Vigny, Balzac, Lamartine, Sandeau, Musset, Dumas et Balzac. 

Caricature de Balzac

À cette époque, nombreux sont ceux qui s’entichent de photographie : l’écrivain Eugène Chavette s’est acheté l’équipement du parfait photographe mais, déçu par ses résultats, il cherche à le revendre à son ami Nadar qui refuse, n’en voyant pas l’usage. L’ami insiste, Nadar cède et entrepose le matériel chez lui, sans y toucher pendant plusieurs mois. Submergé par ses multiples collaborations journalistiques, il finit par utiliser ce nouvel outil pour réaliser ses portraits charges. Il ouvre l’un de ces ateliers photographiques alors en vogue et qui s’annoncent très lucratifs. Nadar invite le mime Charles Debureau à poser en Pierrot. L’atelier obtiendra la médaille d’or à l’Exposition universelle de 1855 pour cette série qu’il intitule Têtes d’expression.

Charles Debureau en Pierrot phtographe

Nadar fonde la Société de photographie artistique par laquelle il impose la notion d’auteur. Il réalise des portraits inoubliables, d’une force exceptionnelle, d’Alfred de Vigny et Théophile Gautier, du bouleversant Gérard de Nerval, Gustave Doré, Eugène Delacroix… Baudelaire, qui avait du mal à surmonter son dégoût pour ce nouvel art, définit pourtant ainsi les photos de son ami : « Le portrait exact, mais ayant le flou d’un dessin. » On compte 5 clichés du poète pris chez Nadar sur les 12 qui existent. Nadar photographie ses modèles simplement, n’utilisant que la lumière naturelle et zénithale diffusée par les verrières et réfléchie par de grands panneaux mobiles. 

Baudelaire, 1860

Les poses à la manière d’Ingres valent surtout pour l’intimité et la complicité qu’il sait créer avec ses sujets. « La photographie est à la portée du premier des imbéciles, elle s’apprend en une heure. Ce qui ne s’apprend pas, c’est le sentiment de la lumière […] et la ressemblance intime », dira-t-il. Dans cette période, où le portrait s’industrialise dans un académisme convenu, Nadar supprime les accessoires et décors conventionnels et refuse la retouche, au profit de « l’expression vraie de cet instant de compréhension qui vous met en contact avec le modèle, qui vous aide à le résumer, vous guide vers ses idées et son caractère ».

Sarah Bernhardt 

Passionné par l’aéronautique, Nadar invente la photographie aérienne. Après de nombreux essais qui valurent à madame Nadar de rester paralysée après un atterrissage difficile et des fortunes englouties dans les milliers de mètres cubes d’hydrogène sulfuré nécessaires à chaque ascension, Nadar réalise son premier cliché des environs de Paris en 1858. Il prendra même le temps de poser dans la nacelle, en lavallière et chapeau haut de forme !

Quartier de l’Etoile à Paris

Il fait placer au fronton de son immeuble une immense enseigne, dessinée par Antoine Lumière et éclairée au gaz. Cette année-là, il a l’idée d’utiliser plusieurs sources lumineuses et de répartir la lumière par un jeu d’écrans blancs et de miroirs. Il dépose un brevet pour « la photographie aux lumières artificielles ». En 1861, il éclaire au magnésium les catacombes et les égouts de Paris (Boyau des Catacombes à Paris).

En septembre 1886, Nadar interviewe le célèbre chimiste Chevreul qui a énoncé la loi du contraste simultané des couleurs (le ton de deux plages de couleurs paraît plus différent quand elles sont juxtaposées que quand on les éloigne, sur fond neutre et commun), loi chère aux impressionnistes et pointillistes. D’ailleurs, en avril 1874, la 1ère exposition des peintres impressionnistes se tient dans son ancien studio. 

Nadar fait sensation en donnant naissance au reportage d’actualité, une suite très rapide de clichés pris par son fils Paul.

En juin 1895, Nadar part à Marseille avec sa femme où il inaugure son dernier atelier. Gloire marseillaise, il fait le portrait en 1899, de la belle reine de Madagascar, Ranavalo. L’Exposition universelle de 1900 à Paris parachève son succès par une rétrospective de l’ensemble de son oeuvre. Redevenu auteur, Nadar publie ses mémoires, intitulées Quand j’étais photographe.

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