Récit d’une naissance…

Deuxième naissance…

J’ai un peu plus de 23 ans, j’attends mon deuxième enfant.

Ayant eu l’impression d’avoir été « volée » de mon premier enfantement, je cherche des pistes sur internet pour trouver une clinique plus respectueuse, avec moins de naissances par an… C’est alors que je découvre l’accouchement à domicile. Le saviez-vous, vous, qu’on avait le droit d’accoucher chez soi, assistée d’une sage-femme libérale ? Je n’en avais pas la moindre idée, et je tombe des nues… Je découvre au gré des forums et des sites dédiés à la naissance respectée que nombre de gestes sont posés par habitude, par formalisme, mais que tous sont loin d’être indispensables, et que certaines habitudes françaises sont même dangereuses…

Mais ce projet de naissance douce fera long feu : dans ce département, nulle sage-femme libérale qui accompagnerait un accouchement à domicile, nulle clinique ouverte à une naissance plus physiologique… Alors je me résous à accoucher à l’hôpital, comme pour mon premier enfant.

Mais cette fois-ci, je sais ce que c’est, je ne m’affolerai pas autant, je me renseigne un peu, pas assez peut-être, un peu naïve en croyant que mes souhaits seront acceptés en arrivant à la maternité le jour J.

Le jour du terme théorique de la grossesse, rien ne se passe, le bébé ne s’annonce toujours pas. Alors, obéissante encore une fois, je prends le chemin de l’hôpital pour vérifier que tout va bien. Après une heure sous monito, la sage-femme qui s’occupe de moi m’annonce que tout est normal, que le néné ne semble simplement pas pressé, et qu’elle va accélérer un peu les choses. Alors elle me fait un décollement du placenta. Extrêmement douloureux. Et me laisse rentrer chez moi, en me disant que s’il n’y a rien le lendemain, il faut que je revienne. La journée passe, la nuit passe, toujours rien. Je retourne à l’hôpital, nouveau monito, nouveau décollement du placenta. La sage-femme me dit « à tout à l’heure ! », mais la journée passe sans rien… Le lendemain, je ne retournerai pas à l’hôpital. Trop peur de la douleur d’un nouveau décollement, trop peur d’un déclenchement chimique parce que je suis à J + 3.

Alors je laisse passe la journée et la nuit, je me promène, je marche, je monte mes escaliers. Et le travail commence, le lendemain, nous sommes dimanche. Le jour des élections présidentielles : il faut aller voter. Ca tombe bien, j’ai envie de marcher. Alors nous allons au bureau de vote à pied, nous revenons de même, et une fois à la maison, je me fais couler un bain très chaud.

C’est avec délice que je m’y plonge : je suis seule dans la salle de bain, j’entends dans la pièce à côté mon mari, ma belle-mère et mon fils qui s’occupent. Ces bruits familiers me font un bien fou ! Je suis là, mais je suis aussi dans ma bulle, une bulle dans laquelle je suis entrée grâce à l’eau chaude qui me porte, qui me soulage, qui m’enveloppe… Je sens les contractions monter et descendre, mais étrangement, je ne sens presque pas la douleur… Un instant, je repense à la naissance de mon premier enfant, à la ligne verte qui montait et descendait sur l’écran du monitorage : rien à voir !

Pourtant, au bout d’un moment, la position que j’ai prise dans la baignoire ne me convient plus : j’appelle pour qu’on m’aide à me relever, et je commence à marcher dans tout l’appartement. Ca m’aide beaucoup, et je sens le bébé qui descend en moi, qui fait doucement son chemin, qui se prépare à la naissance… La douleur s’accentue un peu, mais le fait d’être active et de pouvoir changer de position, de m’appuyer contre le mur lors des contractions m’aide énormément. Cette douleur est gérable, bien plus qu’elle ne l’était pour la naissance de mon grand garçon…

Au bout d’un moment, je sens que c’est le moment de partir pour l’hôpital : le bébé est tout proche ! Alors en 5 minutes de voiture, nous arrivons à l’hôpital. Nous sonnons à la porte de l’aile « accouchements » : la sage-femme mettra une dizaine de minutes pour venir nous ouvrir. La position assise dans la voiture  a fait empirer la douleur, mais retrouver une position verticale m’aide un peu. Je me mets à quatre pattes dans le couloir, sous l’œil réprobateur des personnes qui passent, mais tant pis, c’est comme ça que je suis bien… Ca m’aide, la douleur est moins vive.

On nous ouvre enfin, la sage-femme m’accueille et m’invite à me déshabiller et à me faire un lavement, mais à peine mes vêtements posés à côté de moi, je sens que les choses se précipitent : je perds les eaux. Alors j’appelle, la sage-femme est au chevet d’une maman, et c’est la puéricultrice qui vient vers moi, me soutient jusqu’à la salle d’accouchement. La puéricultrice s’affole, la tête apparaît déjà ! Elle crie dans le couloir pour appeler la sage-femme, qui arrive en courant, m’examine, et au moment où je mets les pieds dans les étriers sur sa demande, je sens une douleur très vive : de nouveau, je viens de subir une épisiotomie, sans avoir été prévenue… Cette fois, malgré l’indignation que je ressens et dont je ferai part ensuite à la sage-femme, je continue à pousser selon mon instinct, et bientôt, je peux saisir la tête de mon bébé et l’attirer à moi : c’est une fille ! Il est 14 h 30 : le travail aura duré à peu près 4 heures.

J’aurais envie de prendre tout mon temps pour découvrir ce bébé, le sentir, le caresser, le regarder… Mais pendant que je suis absorbée par mon enfant, je sens une piqure dans ma cuisse : la sage-femme a tenu à m’injecter je ne sais quoi (« ne vous inquiétez pas, c’est la procédure ! »). Et puis la puéricultrice vient prendre ma fille et l’emmène dans la salle à côté pour les soins. Encore une fois, pas de droit de regard sur les soins effectués : ils sont responsables de sa sécurité, donc ils font les soins qu’ils jugent bons, sans nous expliquer les bénéfices attendus ou les risques encourus… Mais je suis trop fatiguée pour me battre, trop fatiguée pour essayer d’imposer ma volonté. Alors je laisse faire. Et puis la sage-femme revient vers moi pour l’expulsion du placenta, et je revis le même épisode que deux ans plus tôt : elle se soulève à côté de moi, et vient appuyer de toutes ses forces sur mon ventre à l’aide d’un de ses coudes… Quelle douleur ! Je me mets d’ailleurs à pleurer, ça fait bien trop mal… Cette fois-ci, j’éviterai la révision utérine, la sage-femme aura pris le temps de vérifier le placenta pour voir s’il est bien entier.

Puis je suis recousue, à vif toujours… Parce que de toute façon, les piqûres d’anesthésie auraient fait aussi mal que l’aiguille de la suture, me dit-on.

Après, j’attends. Je suis seule sur la table d’accouchement, les pieds toujours dans les étriers pour ne pas que mes jambes pendent dans le vide. Mon bébé est loin, avec mon mari, et ils tardent à revenir. La sage-femme vient me voir de temps à autre, pour vérifier que tout va bien… Alors je lui demande où sont mon mari et ma fille : elle a été placée en couveuse me dit-elle. « Il y a un problème ? » Mon cœur s’affole, cela fait si longtemps qu’ils sont partis… En fait non, pas de problème, le bébé n’est pas en hypothermie, mais ils ont préféré la placer en couveuse au cas où… Vu que je suis arrivée au dernier moment. Je ne saisirai pas le rapport entre les deux événements. Mais ils finissent par me ramener mon bébé, en couveuse, placée à côté de moi. Je ne pourrai la reprendre dans mes bras qu’une heure plus tard. Et je subirai dans les jours qui suivent le contrecoup de cette séparation forcée que rien ne justifiait. Durant tout mon séjour à l’hôpital, je ne pourrai m’empêcher d’éclater en sanglots à la moindre occasion. Je pensais à de la fatigue, mais j’ai appris bien plus tard que lorsqu’une maman qui vient d’accoucher n’est pas stimulée par la présence, l’odeur, les bruits de son bébé, son corps en déduit que l’enfant est mort, et enclenche tout un processus de deuil… Les hormones d’amour ne sont pas produites comme elles le devraient, et ces mamans éprouvent par la suite bien des difficultés à faire connaissance avec ce bébé qu’elles comprennent mal. Quant à moi, je pense avoir subi ce préjudice. Alors bien sûr, cet enfant, je l’aime, mais lorsqu’il pleure, je ne sais pas ce qu’il veut. Et je me sens à tel point une mauvaise mère, que je ne peux m’empêcher de pleurer… Heureusement, les choses iront mieux au fur et à mesure des semaines. Mais cette dépression post-partum, je crois bien que j’aurais pu l’éviter dans d’autres conditions…

Ensuite, je suis emmenée dans une chambre double, où une maman est déjà présente avec son bébé, et je peux me reposer un peu. Un petit-déjeuner me sera emmené. Ca fait du bien de pouvoir manger un peu… Les jours suivants, je serai de nouveau perturbée par les allers et venues du personnel médical, réveillée pour les repas, le bain, les soins lorsque je viens juste de m’endormir : pas très reposant, comme séjour ! Le matin du cinquième jour, je serai contente de rentrer chez moi pour retrouver mon fils aîné, afin qu’il puisse faire vraiment connaissance avec sa petite sœur…

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