{"id":6908,"date":"2009-07-22T16:59:00","date_gmt":"2009-07-22T16:59:00","guid":{"rendered":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/se-croire-malade-serait-il-la-meilleure-facon-de-se-rendre-malade\/"},"modified":"2009-07-22T16:59:00","modified_gmt":"2009-07-22T16:59:00","slug":"se-croire-malade-serait-il-la-meilleure-facon-de-se-rendre-malade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/se-croire-malade-serait-il-la-meilleure-facon-de-se-rendre-malade\/","title":{"rendered":"Se croire malade serait-il la meilleure fa\u00e7on de se rendre malade ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<p>A la fin des ann\u00e9es 1970, Sam Shoeman apprend qu\u2019il souffre d\u2019un cancer du foie en phase terminale et qu\u2019il ne lui reste plus que quelques mois \u00e0 vivre. Shoeman meurt effectivement quelques semaines plus tard et pourtant les r\u00e9sultats de l\u2019autopsie r\u00e9v\u00e8lent que les m\u00e9decins s\u2019\u00e9taient tromp\u00e9s\u00a0: la tumeur \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 minuscule et il n\u2019y avait aucune trace de m\u00e9tastases. \u00ab\u00a0Il n\u2019est pas mort du cancer, il est mort parce qu\u2019il croyait qu\u2019il \u00e9tait en train de mourir du cancer\u00a0\u00bb, r\u00e9sume Clifton Meador, professeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine Vanderbilt de Nashville.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand tout le monde vous traite comme un mourant, vous finissez par croire que vous \u00eates mourant. Tout votre \u00eatre est convaincu qu\u2019il va mourir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les cas comme celui de Sam Shoeman sont peut-\u00eatre les formes les plus extr\u00eames d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne assez r\u00e9pandu. En effet, il est possible qu\u2019un grand nombre de patients subissent des effets secondaires uniquement parce qu\u2019on les a avertit qu\u2019ils risquaient d\u2019en subir. En outre, les personnes qui pensent \u00eatre sujettes \u00e0 certaines maladies ont plus de chances d\u2019en \u00eatre atteintes que celles qui sont convaincues du contraire.<\/p>\n<p>Le fait de se croire malade peut-il effectivement rendre malade\u00a0? L\u2019id\u00e9e peut para\u00eetre tir\u00e9e par les cheveux, pourtant l\u2019inverse a \u00e9t\u00e9 scientifiquement d\u00e9montr\u00e9. C\u2019est le c\u00e9l\u00e8bre effet placebo, le pouvoir de suggestion capable de gu\u00e9rir. Les placebos ne font pas de miracles, mais ils produisent des effets physiologiques mesurables. L\u2019effet placebo a malheureusement un jumeau\u00a0mal\u00e9fique : l\u2019effet nocebo, qui appara\u00eet lorsqu\u2019une attitude pessimiste suffit \u00e0 introduire des effets nocifs sur la sant\u00e9 du patient. Le terme \u00ab\u00a0nocebo\u00a0\u00bb &#8211; en latin \u00ab\u00a0je nuirai\u00a0\u00bb &#8211; n\u2019est apparu que dans les ann\u00e9es 1960, et les connaissances sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne sont nettement plus r\u00e9duites que celles sur l\u2019effet placebo. Apr\u00e8s tout, il n\u2019est pas si simple, d\u2019un point de vue \u00e9thique, d\u2019obtenir une autorisation pour mener des \u00e9tudes visant \u00e0 rendre malades les volontaires. Tout indique que l\u2019effet nocebo peut prendre des proportions graves. \u00ab\u00a0La \u2018\u2019mort par incantation vaudoue\u2019\u2019, si tant est qu\u2019elle existe, pourrait \u00eatre une forme extr\u00eame de l\u2019effet nocebo\u00a0\u00bb, explique Robert Hahn, anthropologue au Centre de Contr\u00f4le et de Pr\u00e9vention des Maladies (CDC) d\u2019Atlanta, G\u00e9orgie, et sp\u00e9cialiste de ce ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude r\u00e9trospective de 15 essais cliniques men\u00e9s sur des milliers de patients \u2013 certains prenant des b\u00eatabloquants, m\u00e9dicaments bloquant l\u2019action d\u2019hormones comme l\u2019adr\u00e9naline, souvent utilis\u00e9s en cardiologie, d\u2019autres servant de groupe de contr\u00f4le \u2013 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que l\u2019ensemble des volontaires se plaignaient des m\u00eames effets secondaires\u00a0: fatigue, sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs et dysfonctionnements sexuels. Certains ont m\u00eame d\u00fb interrompre l\u2019essai en raison de ces d\u00e9sagr\u00e9ments. L\u2019effet nocebo s\u2019observe couramment dans la pratique m\u00e9dicale. Pr\u00e8s de 60 % des patients suivant une chimioth\u00e9rapie commencent \u00e0 se sentir mal avant m\u00eame de commencer le traitement. \u00ab\u00a0Cela peut se produire plusieurs jours avant, ou bien sur le trajet pour l\u2019h\u00f4pital\u00a0\u00bb\u00a0; explique Guy Montgomery, psychologue clinicien \u00e0 l\u2019\u00e9cole de m\u00e9decine Mount Sinai, \u00e0 New York. Parfois, le simple fait d\u2019entendre la vois du m\u00e9decin suffit \u00e0 rendre malades certains patients.<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Plus inqui\u00e9tant encore, l\u2019effet nocebo peut \u00eatre contagieux. Cela fait des si\u00e8cles que les m\u00e9decins ont observ\u00e9 des cas de propagation de sympt\u00f4mes inexpliqu\u00e9s au sein d\u2019un groupe. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est connu sous le nom de <b>\u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne psychog\u00e9nique de masse<\/b>\u00a0\u00bb. Irving Kirsch et Giuliana Mazzoni, deux psychologues de l\u2019universit\u00e9 de Hull, au Royaume-Uni, se sont r\u00e9cemment int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019une de ces manifestations. Dans le cadre de leur \u00e9tude, les deux scientifiques ont demand\u00e9 \u00e0 certaines membres d\u2019un groupe d\u2019\u00e9tudiants de respirer des \u00e9chantillons d\u2019air en leur faisant croire qu\u2019ils contenaient \u00ab\u00a0une substance potentiellement nocive pour l\u2019environnement\u00a0\u00bb et susceptible d\u2019entra\u00eener des maux de t\u00eate, des naus\u00e9es, des d\u00e9mangeaisons et de la somnolence. La moiti\u00e9 des volontaires assista ensuite \u00e0 une projection montrant une femme d\u00e9veloppant \u2013apparemment \u2013tous ces sympt\u00f4mes apr\u00e8s avoir respir\u00e9 un \u00e9chantillon d\u2019air. R\u00e9sultat\u00a0: les \u00e9tudiants qui avaient respir\u00e9 un \u00e9chantillon de cet air \u00e9taient plus susceptibles de signaler le m\u00eame genre de sympt\u00f4mes que les autres. Les sympt\u00f4mes \u00e9taient m\u00eame plus prononc\u00e9s chez les femmes que avaient assist\u00e9 \u00e0 la projection.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui place les m\u00e9decins dans une situation particuli\u00e8rement d\u00e9licate. \u00ab\u00a0D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les gens ont les droit de savoir \u00e0 quoi s\u2019attendre, de l\u2019autre, le fait de les informer peut augmenter le risque d\u2019apparition des effets annonc\u00e9s\u00a0\u00bb, explique Giuliana Mazzoni. Cela signifie que les m\u00e9decins doivent \u00eatre tr\u00e8s attentifs \u00e0 leur fa\u00e7on de formuler les choses afin de r\u00e9duire les effets n\u00e9gatifs, ajoute Guy Montgomery. \u00ab\u00a0Tout est dans la fa\u00e7on de le dire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><\/p>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne suscite encore trop de questions. Quels sont les facteurs d\u00e9clencheurs de l\u2019effet nocebo\u00a0? Combien de temps les sympt\u00f4mes peuvent-ils durer\u00a0? On ne sait pas non plus quelles sont les personnes \u00e0 risque. L\u2019optimisme ou le pessimisme de chacun peuvent avoir une incidence mais aucun trait de caract\u00e8re ne permet de faire des pr\u00e9dictions. Le ph\u00e9nom\u00e8ne touche aussi bien les hommes que les femmes, m\u00eame si celles-ci signalent davantage de sympt\u00f4mes que les hommes. \u00ab\u00a0Les femmes tendent \u00e0 se fonder davantage sur leurs exp\u00e9riences pass\u00e9es, tandis que les hommes sont plus r\u00e9ticents \u00e0 en tenir compte\u00a0\u00bb, note Enck.<\/p>\n<p>Une chose est s\u00fbre, ces ph\u00e9nom\u00e8nes de nature psychologique ont des cons\u00e9quences tr\u00e8s r\u00e9elles dans le cerveau. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, utilisant la technique de tomographie par \u00e9mission de positrons, Jon-kar Zubieta, de l\u2019universit\u00e9 du Michigan, a observ\u00e9 que l\u2019effet nocebo \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 une baisse de la dopamine et de l\u2019activit\u00e9 opio\u00efde dans le cerveau. Cela expliquerait pourquoi l\u2019effet nocebo tend \u00e0 exacerber les sensations de douleur. En parall\u00e8le, Fabrizio Benedetti, de la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Turin, a d\u00e9couvert que les douleurs li\u00e9es \u00e0 l\u2019effet nocebo pouvaient dispara\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 une substance appel\u00e9e proglumide, qui bloque les r\u00e9cepteurs de la chol\u00e9cystokinine (CCK), une hormone. Typiquement, l\u2019anticipation de la douleur est source d\u2019anxi\u00e9t\u00e9, ce qui active les r\u00e9cepteurs CCK et augmente les sensations douloureuses.<\/p>\n<p>Reste que la cause premi\u00e8re de l\u2019effet nocebo ne rel\u00e8ve pas du domaine de la neurochimie mais bien de la croyance. Ainsi que l\u2019explique Hahn, les chirurgiens se montrent g\u00e9n\u00e9ralement h\u00e9sitants quand il s\u2019agit d\u2019op\u00e9rer des patient qui sont convaincus qu\u2019ils vont mourir, car c\u2019est souvent ce qui se produit. Une \u00e9tude a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les femmes qui se croient particuli\u00e8rement sujettes au risque d\u2019arr\u00eat cardiaque ont quatre fois plus de chances de mourir de maladie cardiovasculaire que les autres femmes pr\u00e9sentant les m\u00eames facteurs de risques.<\/p>\n<p>Les preuves ont beau s\u2019accumuler, il est difficile d\u2019accepter, \u00e0 l\u2019\u00e8re de la raison, que des croyances puissent tuer. Apr\u00e8s tout, la plupart d\u2019entre nous \u00e9clateraient s\u00fbrement de rire si un homme \u00e9trangement attif\u00e9 se mettait \u00e0 sauter autour de nous en agitant un os et en nous disant que nous allons mourir. Mais imaginez quel effet cela vous ferait d\u2019entendre la m\u00eame chose de la bouche d\u2019un m\u00e9decin propre sur lui, bard\u00e9 de dipl\u00f4mes, avec tous vos r\u00e9sultats d\u2019examens dans son ordinateur\u00a0? Le contexte social et culturel est crucial, explique Enck. Peut-\u00eatre faudra-t-il attendre de d\u00e9couvrir les fondements m\u00e9dicaux et biologiques de la \u00ab\u00a0mort vaudoue\u00a0\u00bb pour reconna\u00eetre que ce ph\u00e9nom\u00e8ne est bien r\u00e9el et qu\u2019il peut affecter n\u2019importe quel individu.<\/p>\n<p>Helen Pilcher,<\/p>\n<p><b>New Scientist,<\/b><\/p>\n<p>Londres<\/p>\n<link rel=\"File-List\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/CAMLIC~1.CAM\/AppData\/Local\/Temp\/msohtml1\/03\/clip_filelist.xml\" \/><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A la fin des ann\u00e9es 1970, Sam Shoeman apprend qu\u2019il souffre d\u2019un cancer du foie en phase terminale et qu\u2019il ne lui reste plus que&#46;&#46;&#46;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5261,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"iawp_total_views":7,"footnotes":""},"categories":[233],"tags":[113],"class_list":["post-6908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sante","tag-sante-par-les-plantes-et-lalimentation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6908"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6908\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5261"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cooklicot.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}