« Picture Study » : Jean-Baptiste Camille Corot
par Camélicot · Publié · Mis à jour
Jean-Baptiste Camille Corot est un peintre de paysage défenseur de la tradition néo-classique, longtemps considéré comme un amateur, mais qui, après sa consécration, se détacha de cette école et fut un précurseur des peintres impressionnistes.
Les parents de Jean-Baptiste Camille Corot appartiennent à la bourgeoisie commerçante parisienne. A la fin de ses études secondaires, son père le place comme vendeur chez un marchand de drap. Mais le jeune homme est attiré par le dessin et suit des cours à l’Académie de Charles Suisse, qui proposait un enseignement peu contraignant et bon marché. Il refuse le commerce de drap que lui offre son père et obtient de lui une rente annuelle de 1 500 livres lui permettant d’entamer une carrière de peintre. Il entre alors dans l’atelier d’un peintre de paysage de tendance néoclassique, qui lui enseigne sa méthode : les études préalables permettent de composer de façon réaliste un paysage, qui doit cependant être idéalisé, car il s’agit d’extraire de la nature la quintessence de la beauté ou de l’émotion qu’elle peut transmettre au regard humain. La forêt de Fontainebleau, toute proche, permet à Corot de mettre en pratique cette méthode. Il sera l’un des premiers artistes à travailler dans le village de Barbizon et peut être considéré comme l’un des fondateurs de l’École de Barbizon, communauté de peintres prônant le travail sur le motif dans la nature.
Entrée du Bois à Ville d’Avray
Les peintres néoclassiques devaient impérativement s’imprégner de la manière des maîtres italiens. Pour les paysagistes, les esquisses prises sur le vif dans la péninsule constituaient un matériau précieux permettant d’élaborer, parfois plusieurs années après, de vastes compositions. Le premier séjour en Italie de Corot (1825-1828) est entièrement financé par ses parents car le peintre reste considéré comme un amateur et ne connaît pas le succès commercial. Il rapporte de nombreux portraits et paysages, considérés par lui comme des études, mais présentant un grand intérêt historique. Il s’agit en effet d’une peinture spontanée correspondant à la vision de l’instant et préfigurant donc les évolutions ultérieures de la peinture et en particulier l’impressionnisme.
La promenade de Poussin, campagne de Rome
A son retour d’Italie, Corot mène une vie itinérante, à la recherche de paysages, en France, mais aussi en Suisse, aux Pays-Bas et en Angleterre.
Il peint surtout des paysages, mais s’intéresse aussi aux architectures (comme la cathédrale de Chartres). Mais ces toiles ne sont pour lui que des études, qu’il ne songe pas à exposer. Elles sont en effet destinées à être réemployées dans des compositions plus ambitieuses, à caractère historique, mythologique ou religieux, seules dignes, selon l’idéal néo-classique, d’être présentées au public.
Le Pont de Narni
La reconnaissance officielle tarde. En 1827, il avait présenté pour la première fois deux tableaux au Salon officiel, mais ils passèrent inaperçus. Les années suivantes, il continue à présenter des œuvres, mais le succès ne vient pas. Au Salon de 1834, il présente Forêt de Fontainebleau, vaste composition paysagère d’une largeur de 2,40 mètres s’appuyant sur un motif biblique. Le tableau lui vaut une médaille. L’artiste continue à exposer régulièrement au Salon au cours des années suivantes avec parfois des déconvenues : au Salon de 1842, sur cinq toiles proposées, quatre sont refusées. Mais la consécration officielle arrive enfin. En 1846, il est décoré de la légion d’honneur et, en 1848, il devient membre du jury du Salon.
Forêt de Fontainebleau
Lors de l’exposition universelle de Paris de 1855, Corot expose six œuvres et l’empereur Napoléon III acquiert un de ses tableaux. Il devient dès lors un artiste à la mode qui vend énormément et très cher. C’est un véritable tournant dans sa peinture : le succès lui permettant de se libérer des contraintes académiques, et même du réalisme prôné dans sa jeunesse par les peintres de l’École de Barbizon, il se permet de laisser son style évoluer. Ainsi, il laisse son imagination et ses souvenirs créer des paysages oniriques, enveloppés d’un voile de brume légère. L’artiste exceptionnel qu’était Corot capte ainsi intuitivement le sens de l’histoire et certaines de ses toiles sont incontestablement très proches des celles des impressionnistes.
Ville d’Avray
Devenu riche, Corot fait preuve d’un altruisme peu commun. Lors du siège de Paris par les prussiens en 1871, il donne une somme de 20 000 francs destinée à secourir les pauvres. Le peintre et caricaturiste Honoré Daumier étant sans ressources du fait de sa cécité, il lui offre une maison. Il consent également une rente annuelle de 1 000 francs à la veuve du peintre Jean-François Millet (1814-1875). Jean-Baptiste Camille Corot meurt à Paris, d’un cancer de l’estomac, le 22 février 1875.
L’œuvre d’art ne consistait pas pour lui à saisir un instant de la fugitive réalité mais à exprimer une émotion intérieure par les formes et les couleurs. Il n’est donc pas impressionniste par l’esprit même s’il l’était parfois par la forme.
Souvenir de Mortefontaine
Matin près de Beauvais