Accoucher chez soi ?

Je reproduis « l’interview » du mois de janvier 2010 des Déchaînées
Cela résonne particulièrement pour moi qui viens de donner naissance, à la maison, à mon 3e enfant…
Bonne lecture, et rendez-vous sur le site de Selina Kyle !

Interview du mois de janvier 2010

« Nous recevons aujourd’hui la Mère Sup, Présidente du Conseil de l’ordre des sages-femmes de Trifouillis-les-Oies, dans le Gers.

SK : Mère Sup, vous avez récemment radié Madeline, une sage-femme libérale qui pourtant avait été relaxée au pénal pour une histoire de bébé mort-né à domicile. Comment expliquez-vous cette sanction majeure alors que la justice s’est montrée clémente ?

Mère Sup : Si la justice estime normal qu’un bébé meure à domicile, ça la regarde. Les bébés doivent mourir dans une maternité ; c’est ainsi que nous l’avons décrété, en concertation avec nos collègues gynobs.

Et puis, elles vont finir par nous plomber nos statistiques, les sages-femmes libérales qui acceptent les acccouchements à domicile !

SK : Comment ça ? De nombreuses études scientifiques établissent qu’il y a tout autant de bébés qui meurent à l’hopital dans le cas de grossesses dites « à bas risque »…

Mère Sup : C’est sujet à discussion. Pour nous, un bébé mort à domicile, c’est plus grave qu’un bébé mort à l’hôpital. Ca compte double !

Et puis, mourir à l’hôpital, c’est plus sûr !

SK : ???

Mère Sup : Ben oui, ne me regardez pas avec cet air ahuri ! Tout le monde le sait que « c’est plus sûr, l’hôpital ! »

SK : Tout de même, cette radiation donne l’impression que ce qui se joue, c’est l’avenir de l’accouchement à domicile. C’est un choix qui nous semble pourtant légitime. Il est fait de manière consciente et raisonnée par les parents et on ne saurait remettre en question les compétences des sages-femmes qui les accompagnent !

Mère Sup : Les parents ne savent pas ce qu’ils veulent. Et même quand ils disent qu’ils le savent, même quand ils en sont persuadés, ce n’est pas le cas. Tout le monde sait que les femmes enceintes sont vulnérables, fragiles, influençables, qu’elles régressent quand elles sont enceintes… C’est une des premières choses qu’on vous apprend lors de vos études de sage-femme ! Il faut les prendre en main, leur dire quoi faire, les contraindre à accepter ce que nous avons défini comme étant le mieux pour elles et leur bébé !

En cela les sages-femmes libérales qui osent satisfaire les demandes d’accouchement à domicile se montrent incompétentes. Elles cèdent aux caprices de leurs patientes et se rebiffent ainsi contre la politique de l’Ordre.

SK : Et c’est quoi, la politique de l’Ordre ?

Mère Sup : Contribuer, grâce à nos troupes d’élite, à faire accoucher toutes les femmes à l’hosto. De préférence sous péridurale parce que ça fait moins de bruit et que ça ne nécessite pas une présence en continu auprès des patientes. Vous voyez, nous avons pour ambition de les responsabiliser un peu ! Avec une péri et un monito, on peut les laisser seules avec une sonnette à disposition s’il faut venir réinjecter du produit quand l’effet de l’anesthésie se dissipe. On les pousse à se comporter en grandes filles, à ne pas trop compter sur nous pendant une bonne partie du travail !

Bon évidemment, tout ceci a ses limites. Pour la phase d’expulsion, on doit les coacher sinon elles font n’importe quoi…

Il y a aussi tout un art que ces sages-femmes libérales rebelles se refusent à appliquer. Le b.a.-ba du métier, c’est la gestion active du travail ! Touchers vaginaux toutes les heures minimum, et si ça dilate pas assez vite, rupture artificielle de la poche des eaux et rentabilisation des contractions grâce à une perfusion de synto. Ensuite, injonctions à pousser en cadence, éventuellement une épisio pour que bébé sorte plus vite (pour montrer aux étudiants comment faire et pour ne pas perdre la main), dégagement du bébé, piquouze de synto pour activer la délivrance du placenta, clampage précoce du cordon, petites sondes et aspirations de routine pour bien réveiller le nouveau-né… Elles nous mettent la honte, ces sages-femmes libérales avec leurs pratiques d’un autre âge !

SK : A votre avis, qu’est-ce qui pousse certaines femmes à vouloir accoucher chez elles ?

Mère Sup : Le confort ! Le besoin de se faire chouchouter aussi ! Des capricieuses, je vous dis, des mauvaises mères en puissance qui osent penser à leur bien-être alors qu’il est question de la naissance de leur enfant ! Elles revendiquent le droit de disposer de leur corps, elles ne veulent pas avoir à quitter la maison en plein travail, elles souhaitent donner une dimension familiale à l’événement, elles veulent connaître le plaisir d’accoucher dans un environnement rassurant pour elles, gnagnagna… ! Je vous en donnerais moi, du plaisir ! Apprendre à être mère, c’est apprendre à ne plus penser à soi, c’est cultiver l’art du sacrifice.

SK : Et qu’est ce qui peut bien pousser certaines sages-femmes à répondre à cette demande, bien qu’ayant été formatées dans les mêmes régiments que leurs autres confrères et consoeurs ?

Mère Sup : La défiance du pouvoir en premier lieu. Mais vous allez voir, on va les faire rentrer dans les rangs ! Si l’exemple de Madeline ne suffit pas, on coupera d’autres têtes ! Les irréductibles sages-femmes Gauloises pour lesquelles la menace de finir sous les ponts suite à un procès n’était pas suffisante feront moins les malignes quand ce qui leur pendra au nez, ce sera l’interdiction d’exercer !

Je suspecte aussi leurs patientes d’avoir une mauvaise influence sur elles… De les pousser à vouloir prendre une certaine forme de plaisir (quel vilain mot !) lors de ces accouchements, de prendre leur temps, d’être émerveillées, de se sentir importantes et valorisées…

Une des choses essentielles qu’on vous apprend lors de vos études, c’est d’être « multitasks » : pouvoir jongler entre plusieurs patientes à différents stades du travail ou en suites de couches, les soins aux nouveaux-nés et les tâches administratives. On vous apprend aussi à vous écraser devant l’autorité ; et c’est primordial de savoir où est sa place ! L’apprentissage et l’exercice de la profession de sage-femme, ça doit aussi se faire dans la douleur, par solidarité avec les femmes qui accouchent.

Cet état d’esprit ambiant contamine aussi certaines de nos recrues qui parlent d’espaces dédiés à la physiologie à l’hôpital, au sein desquels elles seraient pleinement responsables sur le plan juridique et médical. Ceci est une véritable offense faite aux chefs supérieurs de notre corporation, les gynobs. Car même si l’Ordre des sages-femmes est indépendant, nous nous positionnons dans la hiérarchie hospitalière sous le commandement de ces derniers. Ils nous ont créées ; c’est grâce à eux que nous existons ! On ne saurait remettre leur autorité en cause quand on est un bon petit soldat !

SK : Il me semble pourtant que toutes les sages-femmes bénéficient de par leurs statuts d’une pleine autonomie tant que l’accouchement reste dans le cadre de la physiologie ?

Mère Sup : Attendez, on a des codes. C’est pas forcément limpide pour la profane que vous êtes ; je vais donc vous éclairer… Cela signifie en langage sage-femme qu’elles doivent volontairement se soumettre à la politique du chef gynobs et de la surveillante-chef, de manière autonome quoi, sans avoir besoin d’être rappelées à l’ordre.

Néanmoins, après concertation avec nos supérieurs gynobs, nous avons convenu d’accepter, sous certaines réserves, la création de ces espaces physiologiques. Mais à une seule fin : ramener les hystériques de la naissance à domicile là où elles doivent accoucher : à l’hôpital ! Un mal pour un bien, en quelque sorte…

SK : Vous ne pouvez donc pas soutenir la création de Maisons de Naissance ?

Mère Sup : Ca va pas la tête ?! Nous ne cautionnons pas l’accouchement hors structure hospitalière, que ce soit dans une de vos satanées Maison de Naissance ou dans la maison de la dame qui va mettre bas ! C’est kif-kif bourricot ! Faut pas nous prendre pour des nonnes !

Pourquoi pensez-vous que nous ne soyons jamais intervenues pour que soit réglé le problème d’assurance des sages-femmes libérales qui font des « aad », comme vous les appelez ? Parce que l’excellence française exige que les naissances aient lieu à l’hôpital !

SK : Et que vous inspire l’exemple de ces nombreux pays qui offrent aux femmes en bonne santé le choix de la Maison de Naissance ou du domicile ?

Mère Sup : Des sauvages du côté des parents et des sages-femmes, des faibles du côté du pouvoir politique et des instances professionnelles. Nous sommes en France pour la discipline et pour l’encadrement des femmes qui accouchent. C’est dans un établissement destiné à cet effet qu’elles sont appelées à se rendre le jour J.

Sus aux déserteuses ! Sus à celles et ceux qui collaborent à leur désertion !

Les bébés doivent naître ou mourir à l’hôpital. C’est ça le progrès ! Pareil pour leurs mères : c’est à la maternité que ça se passe, accompagnées par les rituels de la naissance high-tech !

Aux ordres, Citoyennes ! Pondez vos P’tits lardons !
A l’Hosto, à l’Hostooooo !
Qu’un sang impur… S’écoule de vos girons !
Tatatatata !

SK : Euh, bon… Je crois qu’on va en rester là… « 

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3 réponses

  1. Chapapillon dit :

    FELICITATIONS !!!
    Bienvenue à Bébé 3 !
    Beaucoup de bonheur à vous 5.

  2. lululibellule dit :

    j’ai beaucoup  apprécié !!! merci !!

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