Eduquer sans frapper…
par Camélicot · Publié · Mis à jour
Extrait du dossier « Quelques jalons d’histoire sur les punitions corporelles » rédigé par l’association Eduquer sans frapper…
Les vertus éducatives des coups semblent avoir été appréciées de manières très diverses suivants les pays et les époques. Et si on voit cette violence de l’éducation diminuer indiscutablement au cours des siècles dans les pays développés, cela ne se fait qu’avec lenteur et irrégularité avec de périodiques retours en arrière.
De nombreuses études démontrent que les punitions corporelles sont inefficaces et nocives. Il est ainsi prouvé que les fessées sont inefficaces à l’école et que leur suppression n’augmente pas les mauvaises conduites. Un grand nombre d’études mettent en évidence des relations entre les comportements anti-sociaux des jeunes et les punitions corporelles infligées par leurs parents.
Par exemple, le pourcentage des crimes commis est doublé chez les fils ayant reçu de fortes punitions corporelles de leur père. En France, une étude menée sur 300 personnes a mis en évidence une relation très forte entre la force, la durée et la fréquence des coups reçus en famille, et le nombre des accidents subis dans l’enfance et l’adolescence. La différence est déjà notable entre les « jamais battus » et ceux qui n’ont reçu que des coups « légers et rares ». La gravité des accidents est aussi en relation avec l’importance des coups reçus, les plus souvent battus sont aussi les plus gravement malades.
D’autres études prouvent la relation entre violences corporelles et troubles du comportement. Nombreuses sont celles qui prouvent que les enfants les plus sévèrement punis par leurs parents sont les plus agressifs. Une étude a prouvé chez 933 mères d’enfants de 2 à 14 ans, que plus les punitions corporelles sont utilisées, plus les enfants s’engagent dans des conduites et des actes impulsifs. Chez 807 mères d’enfants de 6 à 9 ans, plus la fessée est utilisée pour corriger des conduites anti-sociales telles que mensonges, agressivité et vols, plus ces conduites sont élevées. D’autres études encore montrent en Suède et aux USA, qu’avoir reçu des fessées augmente le risque de dépression à l’adolescence et à l’âge adulte, et que plus les enfants sont punis, plus ils sont égoïstes et moins ils ont de considération pour les autres. Une étude menée en Suède, sur 10 pays européens, établit un parallèle entre l’approbation de la fessée par les parents (et les enseignants) et le taux d’homicides et d’infanticides. En étudiant les données existantes dans certains pays, on note que plus les sociétés sont despotiques et se maintiennent par la violence et plus les punitions corporelles sont fortes et utilisées à tous les niveaux. La durée et la nature des punitions données dans la famille, à l’école et par les instances judiciaires semblant toujours évoluer en parallèle. Enfin, il n’est qu’à lire Alice Miller et à examiner ses biographies de despotes dont la paranoïa meurtrière a endeuillé le XXème siècle : Hitler, Staline, Ceausescu, Mao Tse Toung pour comprendre la relation entre violence subie et violence donnée.
Les punitions corporelles sont nocives parce que :
- Elles donnent le mauvais exemple de la violence en disant que lorsqu’on est fâché, on doit frapper
- Elles brisent les autres modes relationnels qui fonctionnent sur la reconnaissance, l’estime de soi, le plaisir de faire plaisir, le plaisir de comprendre, celui de pouvoir évoluer et grandir
- Elles interdisent à l’enfant d’avouer des désirs irrationnels, que le châtiment ne change pas mais ensevelit et qui resurgiront plus tard
- Elles engendrent l’accumulation de colères et de frustrations qui risquent d’exploser ensuite dans des actes de délinquance
- Sur le plan physiologique, elles cassent les mécanismes automatiques naturels d’adaptation aux situations dangereuses que sont la fuite ou la protection de soi. Dans ce cas, l’enfant conditionné bloquera ses mécanismes de défense, se retrouvant en état d’inhibition, incapable de se protéger efficacement. La décharge de catécholamines déclenchée par l’inhibition est préjudiciable à certains organes et favorise la survenue de maladies psychosomatiques.
- Lorsqu’elles sanctionnent une erreur, les punitions corporelles entraînent la peur chez l’enfant d’être frappé et par voie de conséquence, d’entreprendre une action difficile dans laquelle il risque d’échouer ou de se tromper. Ces apprentissages seront forcément plus limités.
- Elles n’enseignent à l’enfant qu’une seule chose : celui qui inflige la punition n’est pas content. Mais la vraie raison du mécontentement est souvent difficile à discerner par le punisseur lui-même, et l’enfant n’apprend pas qu’il doit réparer son erreur et comment le faire.
Certes, on enregistre une évolution notable des moeurs tant familales que scolaires ou judiciaires vers un adoucissement progressif. Mais certaines cultures manifestent encore un attachement bien plus fort que d’autres à des normes éducatives violentes. Ce sont les mêmes qui prônent l’asservissement de certains par d’autres, au sein de régimes totalitaires ou dictatoriaux qui maintiennent souvent un pouvoir discrétionnaire sur les femmes, les enfants et les employés.
Actuellement en France, selon une enquête Sofres de janvier 1999, seulement 12,5% des personnes interrogées ayant des enfants ne leur donnent jamais de coups, 33% en donnent rarement et 54,5% en donnent plus souvent. Les plus âgés et les moins diplômés des enquêtés ont été les plus battus dans leur enfance. Ce sont eux qui à leur tour utilisent plus fréquemment les châtiments physiques avec leurs enfants.
Pourtant, dans la masse d’ouvrages consacrés à l’éducation disponibles dans toutes les librairies, aucun auteur ne vante les bienfaits des punitions corporelles que 3 petits français sur 4 subissent régulièrement.
Nombreux sont les parents qui pensent donc encore que les enfants ont besoin de sentir au-dessus d’eux une « autorité » et qu’il est nécessaire de leur mettre des « limites ». En effet les limites imposées à nos désirs par les contraintes de la vie en société, familiale ou plus élargie sont incontournables. Chaque famille va donc être confronté à l’obligation d’imposer des limites à ses enfants. Or dans la société adulte les coups sont interdits. Pourquoi donc apprendre à un enfant un mode de relation et de résolution de conflit que la société réprime et sanctionne ? Les limites que donnent les parents sont souvent leurs propres limites de tolérance aux cris des enfants, à leur refus de manger, à leur peur de s’endormir… Ces limites sont inscrites dans l’histoire personnelle des parents. Quand le parent frappe l’enfant, c’est qu’il est arrivé à un seuil de souffrance personnelle, souvent inconsciente, qui se traduit par de la colère et de la violence.
Les seules limites dont les enfants ont besoin sont celles posées par un accompagnement sécurisant face aux frustrations inévitables de la vie. Toutes sortes de négociations non-violentes peuvent être engagées avec l’enfant pour l’amener à respecter nos limites et celles que lui poseront forcément ses congénères tout au long de sa vie. Autant l’entraîner dès l’enfance aux méthodes socialement acceptables et respectueuses de lui-même et des autres.
Par ailleurs, les parents jouissent automatiquement et pendant plusieurs années d’une autorité naturelle, de par leur taille physique et psychologique. Nul besoin de violence, des ordres précis et cohérents suffisent à édicter les règles de vie nécessaires. Montrer l’exemple à son enfant d’une écoute ouverte, de notre respect envers lui et envers les autres, de notre esprit de justice, de notre tolérance, de la cohérence de nos exigences, lui permettra de vite nous reconnaître comme un adulte fiable, et lui apprendra à repérer et reproduire les attitudes socialement positives. En manifestant de la violence, le parent montre en fait à l’enfant qu’il doute de son autorité puisqu’il a besoin de recourir à une force qu’il détient si facilement. L’enfant n’a pas besoin d’autorité, mais de pouvoir placer sa confiance en un adulte suffisamment juste et attentif.
En 1979, la Suède promulgua avec une grande longueur d’avance, une loi qui interdisait les châtiments corporels. Pourtant en 1965, cette position n’était tenue que par 53% des suédois, en 1995, 30 ans plus tard, 89% des suédois y étaient favorables (96% chez les moins de 35 ans). Depuis, en Suède, plus aucun enfant n’est mort des suites de violences familiales, le nombre de procès pour violence contre les enfants a diminué, de même que le nombre d’enfants enlevés à leurs parents sur intervention des services sociaux. Entre 1982 et 1995, les « mesures obligatoires » ont diminué de 46% et les « placements en foyer » de 26%.
Eduquons nos enfants sans violence, ni humiliation, pour rompre enfin le cercle vicieux de la violence, et pour nous donner les chances de voir un XXIème siècle moins meurtrier que celui qui vient de s’achever.
Hello ! »Selon une enquête Sofres de janvier 1999, seulement 12,5% des personnes interrogées ayant des enfants ne leur donnent jamais de coups, 33% en donnent rarement et 54,5% en donnent plus souvent. » J’ai un peu honte car je fais -faisais- parti des 33% qui en donnent rarement… la dernière fois c’est cet été, on était entrain de monter dans la voiture, ils étaient insuportables et j’ai tiré sur le pull de la petite qui était assise dessus, résultat elle est tombée… j’ai vu dans son regard un sentiment de tristesse, l’autre rigolait je lui ai mis une tape sur l’avant bras… je pense… et j’espère que c’était la dernière fois.On voit bien que la violence amène à la violence, je suis énervé (violence envers soi), je violente, je suis désemparé des conséquences… je reviolente. En ce qui concerne la violence physique je ne suis pas étonné que cela concerne les moins favorisés culturellement, toutefois, la violence verbale existe peut être plus dans les milieux favorisés voir Poil de carotte. La violence existe tout autant chez les plus dominés que chez les plus dominants… mais elle ne se montre pas de la même manière.
Moi aussi je perds patience de temps en temps, heureusement (pour tout le monde) ça ne m’arrive pas souvent. Mais à chaque fois (je crois que la dernière fois ça devait être juste avant mon déménagement de juin), quel sentiment d’échec !Etre conscient de ses faiblesses est aussi une force : il faut savoir reconnaître ses limites (et les énoncer aux enfants) : « vous êtes en train de m’énerver très très fort ! Et lorsque je suis comme ça, il me prend l’envie de vous faire mal. Je ne sais pas combien de temps je vais résister alors je vous demande d’arrêter, et moi je vais partir quelques minutes pour me calmer ».La plupart du temps, ça fonctionne. Mais nous ne sommes malgré tout que des humains…De plus, il est vrai que les mots peuvent aussi faire mal, parfois plus que les coups, car lorsque les bleus disparaissent de la peau, ils demeurent à jamais au coin de l’âme…C’est pourquoi je fais très attention à ce que je dis, surtout sous l’effet de la colère.Un simple exemple : j’ai un jour dit devant ma fille qu’elle était timide parce qu’elle ne voulait pas dire bonjour à quelqu’un qu’elle ne connaissait pas. Depuis, lorsqu’elle me raconte ses journées à l’école, elle me dit ne pas prendre la parole, « parce que je suis timide »… Si une phrase aussi anodine et dite de façon innocente de ma part a pu la marquer autant, j’imagine à quel point quelque chose dit pour faire mal peut avoir de conséquences sur le développement de la personnalité d’un enfant… « tu n’es qu’un bon à rien », « tu fais toujours tout de travers », « pourquoi est-ce que tu ne comprends jamais rien ? », « tu as encore cassé quelque chose ? »…Retenons nos mains, retenons nos lèvres, réfléchissons avant de faire du mal à nos enfants, de quelque façon que ce soit…