Le pilote belge témoigne

Quatre cents mètres carrées de briques décrépies et de barbelés rouillés. La maison d’arrêt de N’Djamena est l’une des plus prisons les plus vétustes du monde. « Les plus dures aussi », selon les mots d’un responsable humanitaire tchadien habitué de lieux.
Autant dire que pour un homme de 74 ans le séjour ne doit pas être trop agréable. Arrivé ici mercredi dernier, soit trois jours avant la décision de la justice tchadienne d’y transférer hier les responsables de l’Association L’Arche de Zoé et huit autres européens arrêtés dans la région d’Abéché pour « enlèvements d’enfants », Jacques Wilmart, le pilote belge soupçonné d’avoir prêté son concours à l’opération avortée, ne se plaint pourtant pas.
« En dehors d’une baisse de tension et de menaces de déshydratation dues à la chaleur, je vais très bien. Je dispose d’une chambre isolée des autres détenus, d’une moustiquaire et d’un ventilateur, et l’administration est très correcte avec moi. La seule chose qui m’importe, c’est de sortir le plus rapidement d’ici », explique l’aviateur, officiellement accusé de complicité d’enlèvements et qui, selon un juge local, risque de finir ses jours en prison, tout comme les autres personnes impliquées, si sa culpabilité est prouvée.


« Pas d’acte illégal ».Dans un entretien téléphonique, hier en début de soirée, Jacques Wilmart se défend d’avoir commis le moindre acte illégal. Il jure que rien, dans l’acte d’accusation établi par les autorités tchadiennes à son encontre, ne peut le condamner.
« Je n’ai rien fait de répréhensible. Je n’ai violé ni les lois du Tchad, ni celles de la Belgique, de la France ou d’un autre pays. J’ai été chargé d’une mission d’évacuation humanitaire des camps de réfugiés à la frontière avec le Darfour vers des zones sécurisées à l’intérieur du Tchad. Et l’association Children Rescue, pour laquelle je devais accomplir ma mission, est légalement constituée et reconnue par les autorités tchadiennes aussi bien qu’étrangères. Je ne suis pas venu au Tchad en cachette. Mon visa m’a été délivré sur la base de documents mentionnant que je devais mener des évacuations humanitaires. Je suis donc innocent, et je le prouverai à la justice au cours de mon rendez-vous avec le juge chargé de mon dossier, la semaine prochaine », affirme-t-il.


Une détresse révoltante.Interrogé au sujet des responsables de L’Arche de Zoé, le pilote dit « éprouver une très grande estime et une admiration profonde pour ces hommes et ces femmes qui n’ont rien fait d’autre que d’avoir voulu sauver des enfants africains que la folie des hommes politiques a mis dans une détresse révoltante ».
« Le temps que j’ai passé avec eux m’a permis de les voir en action. Contrairement aux critiques que les médias et les responsables politique français diffusent à leur sujet, ce ne sont ni des amateurs, ni des illuminés, ni à plus forte raison des voyous. Ce sont plutôt des gens dévoués et sincères, qui sont convaincus de la justesse de leur cause », défend-il.
Ancien pilote de la Sabena, où il fut président de l’Association de pilotes de ligne, Jacques Wilmart, avant de prendre sa retraite voici quelques années, ne regrette pas d’avoir accepté la mission pour laquelle il était venu au Tchad. « Si j’ai un regret, c’est celui de ne pas avoir pu sauver les enfants pour lesquels j’étais venu », déplore-t-il.

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