« Picture Study » : Gustave Courbet

Gustave Courbet, auteur de plus de 1000 peintures, est le chef de file du courant réaliste : ses toiles s’opposent aux critères de l’académisme, aux outrances du romantisme ; transgressant la hiérarchie des genres, il provoque le scandale chez ses contemporains… Mais, soutenu par quelques critiques comme Charles Baudelaire, il laisse une œuvre qui contient en germes la plupart des courants modernistes de la fin de son siècle.

Gustave Courbet est issu d’une famille aisée de propriétaires terriens de Franche-Comté, où la nature est forte et omniprésente. A 12 ans, il reçoit un premier enseignement du dessin, et se passionne tellement pour cet art qu’il en délaisse toutes ses autres études ! Il suit ensuite les cours d’un ancien élève de Jacques-Louis David à Besançon. A 20 ans, ses parents l’envoient à Paris pour suivre des études de droit. Mais il passe plus de temps dans l’atelier d’un de ses amis peintre que dans les salles de cours ! Il annonce à ses parents qu’il veut devenir peintre ; ces derniers acceptent qu’il abandonne ses études et lui versent une pension. Admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol, il copie les tableaux du Louvres pendant des heures. A partir de 22 ans, il présente des toiles au Salon, refusées, jusqu’à :

Autoportrait au chien noir

Courbet peint beaucoup d’autoportraits : amoureux aux côtés d’une femme, seul, fumant, frontal… Ce n’est pas chez lui du nombrilisme, mais une profonde quête identitaire… L’exemple le plus frappant en est « Le Désespéré », qu’il mettra plus de 10 ans à finir, mais qu’il n’exposera jamais, le gardant dans son atelier… Dans une lettre à un ami, il avoua : « Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire ».

Le Désespéré

A partir de 1846, son style évolue et sa palette s’obscurcit, s’inspirant de Rembrandt. Sur 8 toiles présentées au Salon, seul l’autoportrait « Homme à la ceinture de cuir » est retenue. L’année suivante, toutes ses toiles sont rejetées. En 1948, la révolution éclate, la République est proclamée. Effet immédiat : le Salon lui accepte 7 toiles d’un coup, dont Le Violoncelliste (nouvel autoportrait) !

L’homme à la ceinture de cuir

Le Violoncelliste

La révolution grondant, Courbet est là au cœur de l’effervescence artistique et politique. Il y joue du violon, se lie avec des artistes qui veulent proposer une troisième voie, un antagonisme au romantisme et aux goûts académiques. Certains créateurs comme Charles Baudelaire ou Hector Berlioz, dont il fait les portraits, sont les plus brillants esprits de ce changement.

Sous toutes ces influences, mais aussi suite à un retour à Ornans, son pays natal, Courbet jette les bases de son propre style, qu’il appellera lui-même le réalisme. 6 toiles résolument réalistes (très grand format habituellement réservé à la peinture d’histoire, avec des personnages quasiment grandeur nature, des scènes de la vie quotidienne vécue, un aspect documentaire affirmé) sont acceptées au Salon, le jury étant désormais élu par les peintres eux-mêmes.

 

L’Après-dînée à Ornans lui vaut une médaille malgré des critiques sur sa trivialité.

Du fait des nombreuses révoltes parisiennes, Courbet retourne à Ornans où son père lui aménage un atelier au grenier. Il y peint des œuvres aux dimensions monumentales.

Après la révolution de 1870, il est nommé « président de la surveillance générale des musées ». Puis il prend une part active à la commune de Paris en 1871. Il fait blinder toutes les fenêtres du Louvres pour protéger les œuvres qui s’y trouvent, ainsi que l’Arc de Triomphe, la Fontaine des Innocents et la Manufacture des Gobelins. Pourtant, Courbet démissionne quand les Communards exécutent un de ses amis qui était maire-adjoint. Après la Semaine Sanglante, il est emprisonné. Il écrira alors : « Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s’y rattachent. J’ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire ».

Après sa libération en 1872, il a tellement de commandes qu’il est obligé d’engager des collaborateurs pour préparer ses paysages !

En 1873, craignant un nouvel emprisonnement, Courbet s’exile en Suisse, où il mourra en 1877.

Gustave Courbet enduisait sa toile d’un fond sombre, presque noir, composé de bitume, à partir duquel il remontait vers la clarté, détails de personnages et de paysages, par superposition de touches de couleurs plus claires. Cette technique empruntée à l’école de peinture flamande est, peut-être, en train de condamner certaines œuvres de Courbet. En effet, s’il n’a pas été isolé par un vernis à la gomme-laque, ce goudron, avec le temps, remonte à travers la peinture et tend à assombrir et faire craqueler dangereusement la surface de ses tableaux. Des opérations de sauvetage et de restauration ont été entreprises.

Biche cherchant un abri pour l’hiver

Courbet a parfois recours à la photographie, en particulier dans la représentation du nu féminin : il utilise des clichés à la place des traditionnelles séances de pose assurées par des modèles vivants.

 

Courbet ouvre la voie à l’art moderne par son refus des règles. Cette lutte avec l’Académisme se poursuivra chez les Impressionnistes qui se veulent peintres du quotidien mais qui se concentrent essentiellement sur le traitement de la lumière par touches visible.

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