« Picture Study » : Michelangelo Merisi, dit Le Caravage
par Camélicot · Publié · Mis à jour
La vie de Michelangelo Merisi, que l’on a appelé Le Caravage, se résume en un mot : passion ! Il a su insuffler dans ses peintures beaucoup de force, de contrastes, et a inspiré ainsi de nombreux autres peintres.
Michelangelo Merisi a passé son enfance dans le village de Caravaggio, en Italie du Nord. Formé à Milan, il part pour Rome lorsqu’il a 21 ans. Là-bas, il découvre une véritable ruche d’artistes venus de toute l’Europe, et il entame une vie mouvementée : il fréquente les tavernes et se bat régulièrement avec des voyous et des clochards… Tant et si bien qu’il finit en prison !
A Rome, il est tout d’abord employé par le Cavalier d’Arpin, un artiste maniériste à la mode. Mais il s’ennuie vite à ne peindre que des fleurs et des fruits… Pourtant, ses premières œuvres personnelles restent imprégnées de cette spécialité, comme dans Bacchus (qui serait un autoportrait caché, le seul connu à ce jour), Jeune homme avec un rameau de fleurs ou dans Jeune homme avec une corbeille de fruits :
Comme son atelier était sombre, il faisait souvent apparaître un visage ou une main sur fond noir. Cet effet impressionnant est appelé le « clair-obscur », et il a été copié par beaucoup de peintres après Le Caravage (Vélasquez, La Tour, Rembrandt…). Ici, Narcisse.
En 1606, il tue un jeune noble pour une querelle de cartes et il est condamné à mort. Mais il parvient à s’échapper vers Naples puis s’enfuit sur l’île de Malte. Il y est soutenu en secret par des personnages importants qui aiment sa peinture.
Entre deux séjours en prison, Le Caravage se consacre à son travail. Son style est très loin du style maniériste qui dominait la peinture italienne de la première moitié du XVIème siècle… Et cela répond aux exigences du clergé catholique qui, pour résister au protestantisme qui s’étend, préconise aux artistes de créer des images claires que les fidèles pourront comprendre facilement. Finies donc les prouesses artistiques, les poses artificielles, les images truffées de références à Michel-Ange, les couleurs criardes. La simplicité du Caravage répond à ces attentes.
Dans la Madeleine pénitente, il ne montre pas simplement la traditionnelle courtisane richement habillée : elle pleure sur son sort, dans une chambre dépouillée. Les seuls rappels de sa vie passée sont les bijoux et l’alcool par terre à côté d’elle. Le Caravage ne fait aucune allusion au caractère sacré de Madeleine ; il représente la sainte telle qu’elle est décrite dans les textes sacrés : une femme du peuple qui a renoncé à une vie de débauche. Le peintre réalise tout de même un ajustement : il l’habille d’une robe contemporaine, afin de la rendre plus accessible au spectateur. Mais les critiques lui reprochent d’avoir maquillé une scène de genre en scène sacrée, de même que dans La vocation de Saint Matthieu…
Pour Le Caravage, un bon tableau doit être un tableau proche du spectateur. C’est pourquoi, dans la plupart de ses compositions, il n’y a pas ou peu d’espace entre son sujet et nous. Dans Saint Jean-Baptiste, le corps du jeune homme forme un S qui occupe toute la surface de la toile. Chez Le Caravage, il n’y a jamais de paysage : seuls les personnages comptent ! Fidèle à son fameux clair-obscur, c’est grâce à la lumière que le peintre sublime son sujet. Cet éclairage doré qui vient d’on ne sait où frappe le corps du saint et souligne la précision et la technique du Caravage. Réaliser une toile si vibrante avec si peu de moyens, ce n’est pas donné à tout le monde : pas étonnant que tant d’artistes comme Courbet, Manet et Cézanne, aient été fascinés par Le Caravage !
Saint Jean Baptiste
Malgré son caractère violent, Le Caravage savait voir la beauté partout où elle se trouvait. Ainsi, les gens âgés et pauvres l’inspiraient. Il n’hésitait pas à montrer leurs ongles sales, leurs rides, pour les montrer tels qu’ils étaient. Il demande aussi aux gens les plus modestes de poser pour lui, les représentant sur ces tableaux au même titre que les personnages sacrés… ces « scènes de genre », qui mettent en scène le quotidien de personnes anonymes, firent scandale ! Comme dans Les tricheurs, ou Le Joueur de luth :
Peut-être à cause de sa vie mouvementée, de ses nombreuses bagarres et coups tordus, Le Caravage a le sens du drame : dans ses peintures, même sacrées, il n’hésite pas à mettre en scène la violence des actes, des sentiments… son secret, c’est de choisir le moment le plus théâtral dans une histoire, quand la tension est à son comble. C’est ce qu’on appelle l’acmé.
La mise au tombeau
Des années plus tard, le pape prononce son pardon et l’autorise à rentrer à Rome. Mais Le Caravage n’en a pas le temps… empoisonné par le plomb qu’il utilise pour fabriquer la peinture blanche, il meurt à 39 ans.
Pour aller plus loin, à lire :

Et si vous connaissez des livres sur Le Caravage, accessibles aux enfants, je suis preneuse ! Partagez vos titres préférés 😉