Récit d’une naissance…
par Camélicot · Publié · Mis à jour
Première naissance…
J’ai 21 ans, et je viens de découvrir que j’attends mon premier enfant. Merveilleuse nouvelle ! Et puis je viens d’une famille nombreuse, j’ai 5 frères et sœurs, plein de cousins et cousines, donc on saura bien me conseiller. Ma mère d’ailleurs a toujours accouché en clinique, c’est donc naturellement que j’irai m’inscrire à l’hôpital de ma ville, sans me poser de questions, confiante en la médecine, confiante en tout ce qu’on me dira lors de mes rendez-vous chez le gynécologue et avec les sages-femmes en préparation à la naissance.
C’est trois semaines avant le terme théorique de la grossesse que je me suis réveillée un matin, vers 8 heures, avec un gros mal de ventre. Pas moyen de manger, pas moyen de boire, ça ne va pas.
J’ai envie d’aller aux toilettes toutes les dix minutes, cela ne me soulage pas, j’ai de plus en plus mal au ventre. Est-ce que c’est l’accouchement qui commence ? Comme je ne sais pas, je téléphone à ma mère : à son avis, c’est le bon jour !
Alors comme nous sommes à une heure de chez nous (nous devions aller à une fête le soir même), nous décidons de prendre la voiture pour rejoindre notre ville et l’hôpital qui a mon dossier.
Une heure de voiture, c’est dur. La position assise ne me convient pas du tout, ça me donne de plus en plus mal : au ventre, dans le bas du dos, aux reins… Plus rien ne va, ça fait vraiment trop mal !!!
09h30, nous nous garons devant l’hôpital, je sors de la voiture et hop, je perds les eaux ! Dégoulinante, nous nous rendons à l’accueil : il faut tout de suite que je me rende dans l’aile réservée aux accouchements. C’est difficile de se tenir debout, mais marcher me fait un bien fou !
Arrivée devant la porte, nous sonnons, une sage-femme vient nous ouvrir, et nous met « dans le bain » tout de suite : je suis la sixième maman à arriver depuis le matin, ils n’ont plus de salle de travail, il va falloir aller directement en salle d’accouchement. Elle m’emmène me déshabiller dans un petit local pourvu de toilettes, et me donne un lavement que je dois faire tout de suite. Pendant ce temps, mon mari est renvoyé à l’accueil pour remplir les papiers nécessaires à mon entrée.
Lorsque j’ai terminé, la sage-femme vient me rechercher, et vite vite (les autres mamans attendent), elle me conduit en salle d’accouchement. Elle me demande de monter sur la table, de poser les pieds dans les étriers, pose les capteurs sur mon ventre pour le monitorage du cœur du bébé, me pose une perfusion… Je suis embringuée dans cette tornade d’efficacité, sans comprendre ce qui m’arrive. La seule chose que je sais, c’est que j’ai mal et que j’ai envie de marcher… « Pas la place ici, et puis ça va aller vite. J’appelle l’anesthésiste.
Mais je ne voulais pas de péridurale…
Ah ben c’est encore mieux, il est débordé !
Qu’est-ce que c’est la perfusion ?
Plus tard, là faut que je retourne voir les autres… »
Et je me retrouve seule, bloquée sur cette table, emprisonnée par les capteurs, les fils, l’aiguille dans mon bras… Mon mari ne revient pas, bloqué aux portes parce que les sages-femmes sont trop occupées avec les parturientes. Il ne me rejoindra qu’au bout d’une heure et demi… Une heure et demi pendant laquelle je resterai seule avec ma douleur et mon angoisse, seule avec la petite courbe verte sur l’écran du monitorage, qui m’annonce avant même que je le sente la douleur qui va monter, inexorablement. Un moment, je me force à ne plus le regarder, cet écran, à me concentrer plutôt sur ce que je ressens, et non ce que je suis sensée ressentir… Mais c’est plus fort que moi : mon regard revient se river à l’écran, j’écoute les « bip bip », j’ai mal.
J’ai bien essayé d’appuyer sur la sonnette d’appel des sages-femmes, mais personne ne vient, trop d’occupation certainement.
Quand mon mari arrive enfin, il ne peut pas me soulager, et regarde avec moi l’écran noir et sa ligne verte : « Attention, ça monte ! »…
Et puis j’ai tellement soif ! La dernière fois que j’ai bu un peu d’eau, c’était la veille au soir, pendant le repas. Ca fait long. Ma bouche est toute desséchée, mes lèvres collent, c’est désagréable. Mais ici, il n’y a rien pour me désaltérer. Et la sage-femme qui passe enfin au bout d’un moment nous explique que non, boire, c’est interdit, ça peut compliquer les choses au cas où.
Au cas où quoi ? Elle est déjà repartie.
Finalement, le temps passe. Et une sage-femme finit par rester après m’avoir examinée : ça approche ! Il faut que je pousse ! Et puis on m’a bien appris comment faire, pour bloquer sa respiration, pousser ensuite… Mais c’est dur, le bébé remonte après être un peu descendu. C’est long, c’est dur, j’ai soif, et qu’est-ce que j’aimerais être debout !
Mais on me dit tout ce que je dois faire, tout ce que je dois sentir, tout ce dont je ne dois pas avoir envie… Et puis on voit la tête : le bébé est là. Alors, obéissante, je m’exécute, et je pousse. Je pousse quand je ressens une intense douleur, très vive. Je ne peux m’empêcher de crier… Qu’est-ce qui s’est passé ? Pas d’inquiétude, c’est juste une épisiotomie. Pour éviter une déchirure. Je ne saurai jamais si j’aurais été déchirée, on ne m’a pas laissé le choix, on l’a pris pour moi sans même me prévenir. Cette douleur, cette certitude de n’être plus qu’une patiente au sens étymologique du terme, une femme qui doit subir des actes non expliqués, tout ça va bloquer le travail pendant plusieurs dizaines de minutes. Alors la sage-femme essaie de me convaincre, de me secouer, après tout elle doit s’occuper d’autres mamans !
Finalement, à 14h30, le bébé sort, il est posé sur mon ventre, et la sage-femme aura la délicatesse d’attendre que je pense à regarder son sexe toute seule, me laissant tout de même cette petite part d’intimité avec mon enfant, ce petit moment de tendresse et de douceur. Mais il me restera de cet accouchement comme un goût d’amertume… Je suis infiniment reconnaissante pour cette naissance, qui s’est déroulée sans problème médical, pour cet enfant qui m’a faite mère, pour ce petit être qui m’est confié… Mais peut-être que les choses auraient pu se passer autrement. Je sens en mon for intérieur que les choses auraient DU se passer autrement…
La suite des événements me laissera aussi sur ma fin : très vite, mon fils m’est enlevé, il est emmené dans une pièce attenante pour prendre son bain, être pesé, mesuré, aspiré, recevoir des gouttes dans les yeux et une injection d’antibiotiques. Je l’entendrai pleurer durant tout le temps que dureront ces examens…
Pendant ce temps, la sage-femme revient vers moi, monte sur un tabouret, et après m’avoir demandé de pousser pour expulser le placenta, elle pèse de tout son poids sur mon ventre avec ses coudes. La douleur ressentie alors sera plus vive et plus grande que celle que j’aurais ressentie durant tout le reste de l’accouchement… Souvenir encore brûlant après toutes ces années. Et puis vient une autre douleur, celle de la suture de l’épisiotomie. Suture à vif, parce que madame, quand on refuse une péridurale pour sentir la douleur, on peut aussi sentir celle de l’aiguille, non ? J’apprends donc que refuser une péridurale ne peut avoir comme raison que l’envie d’avoir mal… Ah bon, parce que pour moi, ce n’était pas du tout la raison… Mais cela m’a refroidie, et je n’essaierai même pas d’aborder le sujet.
Ce n’est qu’ensuite que je pourrai retrouver mon fils et le mettre au sein, avant de pouvoir aller occuper une chambre double pour la durée de mon séjour. Séjour de 5 jours, pendant lesquels mon bébé sera systématiquement réveillé au moment où il vient de s’endormir, parce que c’est l’heure du bain, de la pesée ou de je ne sais trop quel examen. Au bout de deux jours, je finirai par mentir à chaque fois qu’on me demande à quelle heure a tété mon bébé : c’est un gros bébé de presque 4 kilos, il demande beaucoup à téter, trop souvent selon les sages-femmes et les puéricultrices qui passeront me voir durant mon séjour. Alors je dois le laisser pleurer pour qu’il apprenne à patienter. Moi, voir ce petit bout d’homme qui pleure, ça me fend le cœur, alors je le mets au sein lorsque j’ai l’impression qu’il a faim, même si ça ne fait pas deux heures que la dernière tétée a eu lieu. Et je le laisse au sein plus de 20 minutes s’il en redemande. Celles qui s’en aperçoivent me reprennent à chaque fois, me grondent, m’annoncent les pires difficultés avec ce futur enfant-roi… Alors je mens. Et j’attends avec impatience de retrouver mon chez moi et la tranquillité.
Je sortirai le matin du 5ème jour, le jour de mes 22 ans…
Je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Pour moi, le plus dur a été de rester à la clinique (heureusement seulement 3 jours et pas 5). Ce milieu médicalisé et où l’on ne se sent pas libre
de ses mouvements est assez oppressant. Après un accouchement, on aimerait être chez soi, prendre ses marques et pouvoir se reposer de la manière dont on en a envie et avec sa famille, pas seule
avec son bébé dans un lieu « asceptisé ». Heureusement, pour mon deuxième enfant, les sages femmes n’ont pas eu le temps de faire quoi que ce soit, il est arrivé en 10 minutes à partir de mon
arrivée à la clinique, je n’ai même pas eu de place en salle d’accouchement, et j’ai accouché « à l’ancienne » sur un bassin. Mais c’est certain que d’accoucher à la maison doit être beaucoup plus
agréable au niveau pratique et au niveau moral.
Et bien tout dépend de la sérénité qui nous habite… Je pense que la sérénité est toute liée à la façon dont se passe l’accouchement : plus on est affolée et paniquée, plus il y a de risques de
complications… Et inversement, plus on est sereine, et plus il y a de chances que tout se passe au mieux !!!
Donc si on n’est pas tranquille à la maison, mieux vaut peut-être chercher une maternité respectueuse… Chacune voit midi à sa porte ! Quant à moi, c’est certain que c’est l’accouchement chez
moi que j’ai préféré, et de loin !
eh bah, à te lire, ça n’a pas été une partie de plaisir. moment d’intimité volé, accouchement volé, épisiotomie imposée… ma pauvre 🙁
ça me rappelle la description que ma mère m’avait fait de son accouchement de moi.
elle aussi a subi une épisiotomie, péridurale et tout le tralala. la salle d’accouchement a vu défiler au moins 30 personnes, car elle accouchait en siège. mais quelle belle récompense !!
cette description a toujours résonné avec horreur en moi. je ne voulais pas accoucher, car je trouvais ça trop horrible de se prendre un coup de scalpel et d’être le spectacle de toute une
brochette de profesionnels !