« Picture Study » : Camille Pissarro
par Camélicot · Publié · Mis à jour
Jacob Abraham Camille Pissarro (1830 – 1903) est un peintre franco-danois connu comme l’un des pères de l’impressionnisme. Il a peint la vie rurale française, en particulier les paysages et des scènes de la vie quotidienne des paysans de son temps, mais aussi des vues du boulevard Montmartre et des Tuileries.
Né aux Antilles d’une mère créole et d’un père d’origine bordelaise, Camille Pissarro est envoyé à 12 ans à Paris, où le directeur de sa pension le pousse à développer son don pour le dessin. 5 ans plus tard, il retourne dans son île natale où il seconde pendant 5 ans son père dans son commerce. Puis il part pour le Venezuela avec un ami peintre et y reste 2 ans pour peindre et dessiner, avant de retourner à Paris, où il entre à l’Ecole des Beaux-Arts. Là, il rencontre Jean-Baptiste Camille Corot, découvre Eugène Delacroix, Gustave Courbet, Jean-Dominique Ingres… Il est très attiré par la simplicité des toiles de Courbet, et la poésie des toiles de Corot. Il commence, comme Courbet, à peindre sur le motif. A cette époque, ses toiles ne sont pas acceptées au Salon officiel, mais il les expose au « Salon des Refusés ».
La promenade à ânes à La Roche-Guyon
A partir de 1868, Camille Pissarro vit régulièrement à Pontoise, où il compose un grand nombre de peintures, de gravures, et de dessins. N’arrivant à vendre que peu de toiles, il doit se résoudre à peindre des enseignes de boutiques pour faire vivre sa famille. Mais c’est l’époque de ses premiers grands chefs-d’œuvre, des paysages aux dimensions majestueuses. Il consacre nombre de ses œuvres à la peinture de la vie rurale et aux scènes de la vie quotidienne, cherchant à leur donner leurs lettres de noblesse, montrant qu’elles contiennent une grande poésie.
La conversation
En 1869, il s’installe dans un village de la banlieue nord-ouest de Paris, où il passe beaucoup de temps avec ses amis Monet, Renoir et Sisley, eux aussi peintres impressionnistes. Ils se distinguent par leur style caractérisé par des coups de pinceau audacieux et brisés, et l’utilisation de couleurs chatoyantes. Il y peint souvent sa maison et son atelier, selon les saisons et les changements climatiques, révélant comment la lumière et le mouvement change notre perception des objets. Il peint ainsi 22 toiles sur les changements de lumière et de saison sur la route de Versailles.
Route de Versailles (plusieurs versions)
C’est à cette époque que le paysage froid apparaît comme un sujet majeur dans l’œuvre de Pissarro. Pendant deux hivers, il peignit au moins dix compositions à effet de neige, allant des vues de la route de Versailles peuplées de villageois à des vues plus contemplatives des maisons, des arbres et des champs. Dans certaines d’entre elles, le paysage est représenté immédiatement après un blizzard ; dans d’autres, il scintille de givre, de glace ou de neige partiellement fondue.
La gelée blanche
En 1870, il quitte son village pour fuir la guerre contre les Prussiens, et se réfugie à Londres où il découvre les scènes de la vie industrielle, qui deviendront un sujet important pour les impressionnistes. L’armée prussienne prend ses quartiers dans sa maison, et se sert de ses tableaux pour allumer des feux. Sur plus de 1500 toiles, seulement 40 seront sauvées…
En 1873, il emménage vers Pontoise, en bordure d’un paisible chemin de campagne, qui lui inspirera de nombreuses toiles. Il adopte alors une palette plus claire, plus lumineuse et une touche plus délicate. Il est progressivement entouré de jeunes artistes et devient une figure-pivot du groupe impressionniste. Il agit comme une figure paternelle non seulement pour les artistes impressionnistes, mais aussi pour plusieurs grands artistes post-impressionnistes : Georges Seurat, Paul Cézanne, Vincent Van Gogh, Paul Gauguin.
L’usine à Pontoise (plusieurs versions)
A partir de 1877, il s’éloigne des effets atmosphériques chers aux impressionnistes et se concentre sur la structure de ses compositions, qu’il agence soigneusement grâce à des lignes verticales et horizontales contrebalancées. La peinture épaisse et la surface densément travaillée, qu’il a construite avec de multiples petits coups de pinceau, sont également assez distinctes du travail au pinceau fluide et rapide des années précédentes. Cette version plus structurée de l’impressionnisme annonce la génération suivante des artistes post-impressionnistes, notamment Cézanne et Seurat.
La récolte des pommes de terre
Dans les années 1880, il définit de plus en plus l’observation de la nature comme une étape préliminaire : il laisse le temps s’écouler après ses observations et ses premières esquisses sur le terrain, avant de revenir à ses souvenirs. Le résultat est qu’il travaille plus loin de la vérité objective mais plus près de la vérité de ses propres sensations et impressions. Outre les scènes rustiques et quotidiennes de la campagne, il peint fréquemment des femmes absorbées par les activités quotidiennes. En effet, il ressent de plus en plus l’importance primordiale de la forme humaine dans le paysage… Il abandonne alors, comme beaucoup d’impressionnistes, les thèmes contemporains et industriels, pour revenir aux scènes de la vie paysanne.
Femme lavant une casserole
Il emploie une variété de coups de pinceau de plus en plus petits, ressemblant à des ponctuations, devenant le premier post-impressionniste, et ouvrant la voie au pointillisme. Quelques années plus tard, il revient au style impressionniste et peint plus librement, de nouveau en extérieur, et laissant ses couleurs fraîchement appliquées interagir sur la surface au lieu d’attendre que les taches de chaque couleur sèchent séparément. Les traits minuscules, fragmentés et entrecroisés, et les contrastes de couleurs lumineux, témoignent tout de même des enseignements tirés de ses années pointillistes.
La cueillette des pommes
Une petite vidéo intéressante :
En 1894-1896, il peint une douzaine de toiles représentant des nus féminins vus seuls ou en groupe. La rareté des nus dans l’œuvre de Pissarro provient en grande partie de sa difficulté à trouver des modèles dans les petites villes rurales où il a passé une grande partie de sa carrière.
Femme nue de dos dans un intérieur
Puis il se lance dans la peinture de nombreuses toiles des mêmes vues des rues de Paris et du port de Rouen, où il loue des chambres d’hôtels, étudiant à nouveau les changements de lumière et de saison…
Boulevard Montmartre (plusieurs versions)
Camille Pissarro peindra jusqu’à la fin de sa vie, à 73 ans.
Pour aller plus loin :