« Picture Study » : Jean-Auguste-Dominique Ingres

Dernier des peintres néo-classiques français, Jean-Auguste-Dominique Ingres est l’inventeur d’un canon de beauté féminine atypique, maniériste, qui l’a rendu célèbre. Habile dessinateur, admirateur de Raphaël et adepte de la ligne pure, Ingres fut d’une telle influence qu’on parle d’« ingrisme ».

Jean-Auguste-Dominique Ingres est né en 1780 à Montauban. Son père est un peintre et décorateur qui l’initie très jeune à la peinture et au violon. A 11 ans, il entre à l’Académie Royale de Toulouse où il reçoit des leçons de peinture et de violon. Il continuera d’ailleurs toute sa vie à jouer du violon et deviendra même deuxième violon à l’orchestre du Capitole de Toulouse. L’expression « violon d’Ingres » est issue de cette seconde vocation du peintre.

A 17 ans, il entre dans l’atelier de Jacques-Louis David, et peint, comme lui, des thèmes de l’Antiquité et de la mythologie.
Il obtient le prix de Rome avec Les Ambassadeurs d’Agamemnon. En raison de la situation politique, il ne peut se rendre immédiatement à la Villa Médicis. De 1801 à 1806, il peint à Paris de nombreux portraits qui seront jugés sévèrement par la critique.

Les Ambassadeurs d’Agamemnon

En octobre 1806, Ingres part pour Rome, où il découvre les maîtres de la Renaissance, en particulier Raphaël qu’il admire énormément. Il y restera jusqu’à 1820, et se consacre au thème qui restera son préféré : le nu féminin. Mais ses tableaux ne rencontrent pas l’adhésion de la critique parisienne. Il décide alors de rester à Rome et devra pour vivre réaliser de multiples portraits peints ou dessinés. En 1813, Ingres épouse Madeleine Chapelle (1782-1849), une jeune modiste de Guéret. Il réalisa de nombreux portraits de sa femme, le plus célèbre apparaissant dans Le Bain turc (1862). Madeleine est l’odalisque aux bras levés qui s’étire au premier plan.

Le Bain turc

Si ses tableaux ne sont pas accueillis favorablement à Paris, c’est que le public et les critiques trouvent son style trop maniériste. L’un des plus célèbres scandales du 19ème siècle concerne sa Grande Odalisque, exposé au Salon de 1819 : Ingres est durement moqué, on lui reproche de ne pas connaître l’anatomie.  Depuis la Renaissance, le nu féminin ne peut être traité qu’en s’appuyant sur la mythologie antique ou la Bible. Mais Ingres veut renouveler ces thèmes, et choisit donc l’Orient tel que le rêvent les occidentaux.

L’objectif du peintre est la représentation de la beauté féminine. Il veut reconstituer sur la toile une image intemporelle de l’attractivité du corps féminin pour l’homme occidental. Pour atteindre ce but, il doit composer une figure idéale. Ingres, grand dessinateur, attribue à son odalisque quelques vertèbres supplémentaires afin d’obtenir une élongation du dos. Le bras lui-même doit alors être très long pour conserver de justes proportions. Ce faisant, le peintre s’accorde une liberté par rapport au réel sans pour autant le trahir, puisque cette odalisque appartient à l’univers masculin fantasmé, donc à une réalité humaine.

La Grande Odalisque

De 1820 à 1824, Ingres réside à Florence. C’est à cette époque qu’il peint Le Vœu de Louis XIII, une commande du gouvernement français destinée à la cathédrale de Montauban. Il part pour Paris pour accompagner son tableau qui doit être exposé au Salon, où il reçoit un accueil enthousiaste, car il se situe dans la tradition classique la plus pure rappelant les Madones de Raphaël. A partir de cette date, Ingres sera reconnu officiellement comme un grand peintre néo-classique. Il ouvre un atelier à Paris et y forme de nombreux élèves. En 1829, il est nommé professeur à l’Ecole de Beaux-arts. De 1835 à 1841, Ingres occupe le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.

Le vœu de Louis XIII

Ingres disait que « le crayon doit avoir sur le papier la même délicatesse que la mouche qui erre sur une vitre ». Pour lui, le dessin fait « les ¾ et demi » de la peinture, et il détestait les coloristes. Ingres cherchera par un travail acharné à atteindre un style personnel qui ne trahisse pas la réalité : « Le style, c’est la nature », écrivait-il. Il s’éloigne donc de la beauté idéalisée et archaïsante de David et se situe dans une sorte de transition entre néo-classicisme, romantisme et réalisme.

Ses chefs-d’œuvre se trouvent davantage dans le portrait et le nu que dans la peinture d’histoire. Bien qu’il soit d’abord un dessinateur, Ingres sait remarquablement utiliser la couleur comme on peut le voir dans La princesse de Broglie.

La princesse de Broglie

Ingres fut un portraitiste prolifique et très demandé dans les années 1850. Ses œuvres constituent une remarquable galerie de portraits de la haute société du Second Empire.

L’idéal ingresque diffère de l’idéal académique promu par l’Académie des Beaux-Arts. Selon lui, la beauté est subjective et personnelle à chacun des modèles. C’est au peintre de la révéler, et non simplement d’appliquer des formules toutes faites. Il enseigne à ses étudiants cette conception à l’École des Beaux-Arts à partir de 1829.

Ingres part d’une étude réaliste de ses modèles mais tend à les idéaliser, accentuant les effets d’arabesques, la préciosité des costumes, la monumentalité des postures, la noblesse et l’intensité des regards.

Son style influencera les peintres modernes, d’Henri Matisse à Pablo Picasso, en passant par Auguste Renoir et Man Ray.

Couvert de tous les honneurs, Ingres décède à Paris en 1867. Il a légué une partie de son œuvre (en particulier des milliers de dessins) au musée de Montauban, sa ville natale.

Louise de Broglie, comtesse d’Haussonville

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