L’ortie, une merveille méconnue

Souvent méprisée par le citadin, l’ortie a toujours été consommée dans le monde rural jusqu’à l’époque moderne, principalement dans la moitié nord de l’Europe.

C’est au XIXème siècle que s’opère un tournant. La médecine l’ignore, pire, la calomnie. Même un grand érudit comme Jules Michelet souhaite ouvertement sa disparition.


Heureusement, l’ortie a trouvé des défenseurs. Le plus célèbre est Victor Hugo, qui lui a consacré un poème dans les Contemplations et vante son utilité dans le domaine agricole dans Les Misérables (« quand l’ortie est jeune, la feuille est un excellent légume ; quand elle vieillit, elle a des filaments et des fibres comme le chanvre. La toile d’ortie vaut la toile de chanvre. Hachée, l’ortie est bonne pour la volaille ; broyée, elle est bonne pour les bêtes à cornes. La graine d’ortie mêlée au fourrage donne du luisant au poil des animaux ; la racine mêlée au sel donne une belle couleur jaune. C’est du reste un excellent foin que l’on peut faucher deux fois. Et que faut-il à l’ortie ? Peu de terre, nul soin, nulle culture. Seulement la graine tombe à mesure qu’elle mûrit, et est difficile à récolter. Voilà tout. Avec quelque peine qu’on prendrait, l’ortie serait utile ; on la néglige, elle devient nuisible. Alors on la tue. Que d’hommes ressemblent à l’ortie ! »)

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Pourtant, l’ortie fut jadis tenue en grande estime par l’Ecole de Salerne, première faculté de médecine créée en Europe au VIIIème siècle (bien avant Montpellier et la Sorbonne). Un des préceptes de l’Ecole de Salerne stipule du reste :

L’Ortie, aux yeux du peuple herbe si méprisable,

Tient dans la médecine une place honorable.

L’ortie faisait alors partie des simples, c’est à dire des plantes médicinales cultivées dans les monastères.

Aujourd’hui, l’ortie est considérée par les phytothérapeutes comme l’une des plantes majeures de notre pharmacopée. Un herboriste californien va même jusqu’à dire : « En cas de doute, donnez de l’ortie ».

 

 


Le bon sens paysan ne s’y est pas trompé en considérant l’ortie comme un tonique de printemps.

En fait, l’ortie a toujours été utilisée dans le monde rural comme plante alimentaire, médicinale, textile, tinctorale et fourragère. Et ce n’est pas un hasard si l’usage de l’ortie s’est principalement développé dans des pays froids : l’Ecosse, la Scandinavie, la Prusse… En effet, elle est considérée par la tradition comme une plante « chaude », surtout la graine (aux propriétés toniques et aphrodisiaques) ; la graine d’ortie est d’ailleurs très appréciée de la volaille et des oiseaux à l’automne.

C’est donc une ingratitude manifeste que de rejeter cette plante secourable, qui nous a si souvent aidés dans les périodes de misère.

En effet, elle a souvent été le dernier secours pour plusieurs peuples qui souffrraient de la faim : 

l’un des premiers témoignages de cet usage est celui de Galien, médecin romain du IIème siècle, qui précise qu’à son époque, l’ortie n’était plus consommée qu’en période de famine.

on trouve ensuite des témoignages de consommation d’ortie lors des grandes famines de la fin du Moyen Age et sous Louis XIV. Sous Louis XVI, on sait qu’elle était consommée par les paysans français qui en étaient très friands et la préparaient en soupe et comme les épinards.

elle a permis à des villageois allemands de survivre en période de famine au XVIIIème siècle, puis dans le pays dévasté par les guerres napoléoniennes.

– et de nombreux irlandais lui ont dû la vie lors de la grande famine provoquée par le mildiou de la pomme de terre au 19e siècle.

 

Alors pourquoi bouder cette plante fantastique ?

Pourquoi ne pas plutôt tenter de la connaître un peu mieux ?

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