« Picture Study » : William Turner

William Turner est un peintre, aquarelliste et graveur anglais issu du romantisme, et dont l’œuvre est marquée par une recherche novatrice audacieuse qui le fait considérer comme un précurseur de l’impressionnisme. Renommé pour ses huiles comme pour ses paysages à l’aquarelle, il a gagné le surnom de « peintre de la lumière ».

William Turner a toujours eu la manie du secret, à tel point que sa date de naissance elle-même est incertaine ! Après le décès d’une sœur de William, sa mère sombre dans la folie et meurt à son tour. Pourtant, l’enfance de William semble avoir été chaleureuse, bercée par l’arrivée des nombreux bateaux qui accostent sur la Tamise, et l’observation de tous les artistes qui vivent dans le quartier populaire qu’il habite. A 10 ans, il commence à colorer des gravures de paysages, puis se met à faire des dessins qu’il vend dans le magasin de son père pour quelques shillings. Avant 14 ans, il travaille comme coloriste d’estampes puis comme dessinateur chez un architecte. Il se passionne pour le « paysage topographique » (= la peinture de paysages) et en fait le cœur de sa technique.

Fontey Abbey

A 14 ans, il entre précocement à l’Académie royale de peinture, qui offre un enseignement gratuit mais de haute qualité. Elève depuis moins d’un an, il est pourtant autorisé à présenter des aquarelles lors de l’exposition d’été de l’Académie royale. A cette époque, il réalise l’importance de dessiner des croquis préliminaires avant de poursuivre ses œuvres en atelier. Il développe des idées à l’extérieur en été, pour travailler en atelier en hiver. En 1796, il présente sa première peinture à l’huile, qui est alors d’un style plutôt rigoureux, « Pêcheurs en mer ». Elle est à la fois réaliste (effet de la Lune et reflets sur la mer) et romantique par son atmosphère, marquant aussi un fort contraste. Cette toile est saluée par tous les critiques.

Pêcheurs en mer

En 1802, il obtient le titre d’académicien royal, et obtient le financement d’un voyage en France, Savoie et Suisse, où il visite les musées et étudie les toiles de nombreux maîtres. Dans la nuit du 16 octobre 1834, il assiste depuis un bateau sur la Tamise à l’incendie du Parlement qui détruit la Chambre des lords. Il exécute ensuite 4 peintures sur le sujet. Il se détache de son premier style très rigoureux, pour s’attacher à rendre la vibration de l’air, des fumées, le chatoiement des lumières, ce qui donne à ses toiles une véritable vie. Il peint ensuite un de ses tableaux les plus célèbres : « Le dernier voyage du Téméraire », dans lequel il s’applique à une étude magnifique du ciel et de l’eau.

L’incendie de la Chambre des lords et des communes

Le dernier voyage du Téméraire

Turner était extrêmement intéressé par les progrès techniques de son temps. Il peignit ainsi de nombreux tableaux de bateaux à vapeur, et fut par exemple un des premiers artistes à s’intéresser aux trains. Afin de peindre vite, il invente sa propre technique picturale qu’il pratique lorsqu’il peint à l’huile et l’adapte pour la pratique de l’aquarelle ; c’est la réponse à ce problème qui l’affecta profondément durant toute sa carrière : comment peindre la matière en mouvement ?

Tempête de neige en mer

Son passage d’une représentation réaliste à des œuvres lumineuses à la limite de l’imaginaire (« Tempête de neige en mer » dont le titre complet est « Tempête de neige : bateau à vapeur au large de l’entrée d’un port faisant des signaux dans un haut-fond et naviguant à la sonde. L’auteur était dans cette tempête la nuit où l’Ariel quitta Harwich ») se fait après un voyage en Italie. Il s’attache alors à montrer alors le pouvoir suggestif de la couleur et la représentation des atmosphères, ce qui fait de lui un véritable précurseur des impressionnistes. Il veut transmettre au spectateur les impressions qu’il a lui-même ressenties devant les éléments de la nature animés d’un mouvement fusionnel.

Le Négrier

Ses contemporains l’appelaient « le peintre des incendies ». Pourtant, contrairement aux impressionnistes, il peint presque toujours en atelier, aidé de sa grande mémoire des couleurs qui s’impriment véritablement dans son esprit.

Pluie, Vapeur, Vitesse

Il n’hésite pas à tester d’étranges combinaisons d’aquarelle et d’huile ainsi que de nouveaux produits sur ses toiles. Parfois, il utilise des matériaux inhabituels comme le jus de tabac ou de la vieille bière. Il utilise un fond blanc pour donner à ses tableaux la fraîcheur des couleurs et la luminosité, permettant le passage direct des effets de l’aquarelle dans la peinture à l’huile, effets tout à fait différents de ceux obtenus avec les fonds rouges et bruns traditionnels. Il magnifie la lumière comme nul autre avant lui !

L’absence de lignes et de points de fuite, ainsi que la dissolution de la forme dans la couleur, spécialement dans les paysages marins, sont les prémices de l’abstraction lyrique. Dans deux de ses tableaux, il revendique son intérêt pour « Le Traité des couleurs » de Goethe, et utilise des pigments colorés qui indiquent des éléments physiques dans une sorte de tourbillon, tandis que la lumière est exprimée à travers des touches de blanc.

Lumière et Couleur

Ombre et Obscurité

En 1845, il devient président de l’Académie royale, mais son enthousiasme est freiné par la charge qui accompagne sa fonction. Dans la même période, il réalise un groupe de tableaux inachevés ou expérimentaux. Il ne souhaitait pas les montrer, et ils représentent son dernier style, où son art grandit en richesse, vivacité et audace. Un peu rustre, excentrique et taciturne, il est grand buveur et amateur de chats. Ayant peu d’amis, il ne se mariera jamais, bien qu’ayant eu une relation avec une veuve de son entourage, dans la maison de laquelle il vivra 18 ans. En 1851, il meurt du choléra ; ses derniers mots auraient été « Le soleil est Dieu ».

Lever de soleil avec monstres marins

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